Page 2 sur 2

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : sam. 18 juil. 2026 18:00
par ivecogitation
Compte-rendu très instructif, merci de nous le partager.
Jeansuissur voulait bien entendu parler de l'exclave de Kaliningrad, mais ça arrive à tout le monde de déraper sur son clavier surtout en arrivant devant les postes-frontières :diable:
Les 6 postes frontières donnant accès à la Russie que nous sommes allés voir de près était fermés depuis déjà longtemps,

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : sam. 18 juil. 2026 18:21
par jeansuissur
pas de problème j'accepte les vannes ( les vans aussi) mais l'IA est dans nos smartphone et sait mieux que toi ce qu'il faut écrire ... ainsi enclave ... devient esclave ... l'IA est vraiment Artificielle et dans ce cas Aggacente 😉 ...

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : dim. 19 juil. 2026 09:17
par euro6
euro6 a écrit : sam. 18 juil. 2026 12:14 L'esclavage n'aurait pas été aboli en Russie...?
Je n'en suis pas si sûr... ;)
Mais tu nous diras ça, si tu rencontres celui de Kaliningrad :P

Notre projet incluait une visite à Saint-Petersbourg pour y retrouver nos amis, mais ce ne fut pas possible en voiture. Les 6 postes frontières donnant accès à la Russie que nous sommes allés voir de près étaient fermés depuis déjà longtemps, seuls les piétons pouvaient passer à Narva en Estonie (également à d'autres postes comme celui de Luhamaa en Estonie, semble-t-il), et les trains de fret à Kibartai en Lituanie. Je crains que ce soit le cas pour tous les points de passage...

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : dim. 19 juil. 2026 09:20
par euro6
Tu as raison, je suis sincèrement désolé de cette faute due à trop d'empressement. Le clavier ne pardonne pas.

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : dim. 19 juil. 2026 09:53
par K_Anne_AK
Bonjour,
@Jeansuissur : tu inclus la Biélorussie et Kaliningrad dans tes derniers pays d'Europe à découvrir, c'est encore jouer sur les mots ! Lorsque nous sommes allés dans les pays baltes en 2022, nous n'avons pas voulu tenter ces frontières pour des raisons idéologiques.
De toutes façons, la frontière avec Kaliningrad côté Lituanie était fermée.

Image

@Euro6 : j'aime beaucoup ton récit, très intéressant. Vous avez eu la chance de pénétrer chez les gens en Moldavie, merci pour ce partage !
Mais vous avez du faire une cure de désintox ensuite j'ai l'impression... :alcool1:
:hello:

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : lun. 20 juil. 2026 10:28
par euro6
En Moldavie, le marché de l’emploi, en particulier pour les jeunes, est particulièrement atone. Pratiquement chaque famille voit partir ses jeunes à l’étranger, en France, en Italie, en Belgique, en Allemagne, voire plus loin encore. Difficile pour les parent d’envisager la séparation de leurs enfants et petits-enfants à plusieurs milliers de kilomètres, avec souvent une seule visite par an faute de moyen pour voyager plus fréquemment, ou à cause de la charge d’un élevage de brebis, de l’entretien de la vigne familiale, ou de l’exploitation d’une ferme. On ressent chez nos hôtes la gorge un peu serrée, le regard parfois lointain, à l’évocation de leur progéniture expatriée.
Dans chaque maison moldave, nous avons reçu un accueil familial très chaleureux, curieux les uns des autres, pris rapidement en affection, peut-être parce que nous venons de France là où leurs enfants ont décidé d’établir leur nouvelle vie. Notre rapport au milieu agricole et viticole facilite les échanges surtout lorsque les différences de langage ne permettent pas toujours d’exprimer les nuances et la profondeur des sentiments.

Nos discussions ont permis d’aborder leur positionnement par rapport à la situation géo-politique qu’ils vivent au plus près. Nous étions intéressés de pouvoir ressentir, voire comprendre, les sentiments que cette guerre qui se déroule à leur porte peut générer chez eux. Nous qui habitons à distance de ces évènements, ne pouvons pas prendre la mesure de cette réalité qui nous parvient seulement par bribes, au gré des priorités changeantes de l’actualité. On peut juste trouver cela complètement fou de devoir se confronter à une guerre de haute intensité et de longue durée sur le territoire de l’Europe.

Image
Le char russe posé sur ce monument à Tiraspol semble viser une église...

Ils ne s’expriment pas très ouvertement sur ce sujet difficile, mais tous sont évidemment conscients de la situation explosive qui les concerne au premier chef. Malgré le peu de personnes avec qui nous avons pu échanger sur cette question en Moldavie, nous avons pu retrouver le clivage qui sépare la population par rapport à une éventuelle adhésion de leur pays à l’Union Européenne, même entre les deux branches de la famille qui nous ont accueillis.
Ceux du nord, habitant un village proche de la frontière roumaine et à une centaine de kilomètres de la frontière ukrainienne, ont du mal à se positionner clairement sur ce sujet pourtant brûlant, et ne semblent pas considérer leur adhésion à l’Europe comme une solution à leur avenir incertain. On en déduit (trop rapidement…?) qu’ils ne seraient pas contre un rapprochement de la Russie. Peut-être eut-il fallu passer plus de temps ensemble pour pouvoir approfondir ces questions sensibles.
Ceux du sud, en revanche sont très clairement partisans d’une adhésion à l’U.E. au plus vite, et n’ont pas d’attirance pour le pays qui a investi leur région de Transnistrie. Leur village est enserré entre la frontière ukrainienne à moins de dix kilomètres au sud et la limite de Transnistrie à une quinzaine de kilomètres à l’est. Ces personnes sont toutes ouvertement pro-européennes et inquiètes quant à la situation en Ukraine et à l’attitude agressive de l’administration russe. Selon leurs propres mots, l’inclusion dans l’Union Européenne représente un rêve, et probablement une sécurité face aux craintes que leur inspirent le dirigeant russe actuel. Il faut signaler également une chose qui peut également légitimement renforcer leur inquiétude concernant un avenir potentiellement amené à s’assombrir. Le 4ème Bataillon de défense anti-aérienne a installé une base militaire à moins de six kilomètres de leur maison. Cette base est équipée de missiles de défense sol/air, et on peut d’ailleurs voir un des porteurs avec son chargement pointé vers le ciel alors que les autres systèmes sont restés à l’abri dans leurs silos semi-enterrés. A l’évidence, cette base militaire serait un des premiers sites ciblés en cas d’attaque sur le territoire moldave. Et dans ce cas, les villages proches ne seraient probablement pas épargnés. De plus, leurs craintes sont fondées quand on connait le plan russe qui permettrait de relier la Transnistrie aux territoires annexés de fait au sud de l’Ukraine, Crimée et Donbass, en créant une continuité territoriale par l’accaparement de la zone de Odessa le long de la Mer Noire. Cette grande ville ukrainienne n’est qu’à cent kilomètres de Tiraspol.

Image
En prenant à gauche à ce carrefour à Tiraspol, on est à Odessa dans une centaine de kilomètres

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : lun. 20 juil. 2026 16:16
par ivecogitation
Très intéressant compte-rendu. Si nous pouvons partager certaines préoccupations (l'éloignement des enfants qu'on ne voit qu'une fois par an :snif: ) d'autres sont bien éloignées de notre quotidien et il est difficile de les concevoir.


PS : je viens de terminer "saison toxique pour les fœtus" de Vera Bogdanova, plongée au cœur de la société russe dans les années 1990 à 2015 en plein conflit tchétchène. L'auteure, née en 86 s'est inspirée de sa propre jeunesse.

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : mar. 21 juil. 2026 11:51
par euro6
Bonjour,

on m'a déjà conseillé cette auteure et son fameux bouquin, mais je ne l'ai pas encore lu. Merci Annick.

Pour ceux que la République de Moldavie intéresserait, il y a bien sûr quelques chapitres du livre "Lisières d'Europe" cité dans mon premier message, et il y a aussi un reportage de 31 mn encore visible sur Arte.tv intitulé "La Moldavie rurale, entre UE et Russie" qui recoupe bien ce que nous avons pu constater et ressentir lors de notre balade dans ce pays. Le film suit le travail d'un jeune photographe établi à Chisinau et qui s'est donné pour sujet d'étude la préservation de la mémoire de la vie rurale dans son pays déserté par les jeunes et recroquevillé sur les zones urbaines au détriment des campagnes délaissées.

Re: Lisières d'Europe 2026

Posté : mar. 21 juil. 2026 23:30
par euro6
Avant de quitter cette région de l’est de la République de Moldavie, nous passons au village frontalier de Troitcoe où nous constatons que le point de passage avec l’Ukraine réservé aux “locaux”, au bout de la rue Vladimir Illich Lenine, est désormais fermé.

Image
L'entretien des monument mémoriaux et la construction de lieux de cultes sont des occupations importantes en Moldavie.

La pause déjeuner à distance du lac Taraclia interdit d’accès pour cause de pollution ne s’éternise pas. Nous nous arrêtons à la réserve naturelle du lac Beleu pour y faire une randonnée. Le site a fait l’objet d’un financement de l’Europe, mais les préconisations d’usage stipulées sur les panneaux d’informations ne semblent pas concerner le groupe de jeunes gens qui viennent ici pratiquer le quad, sans égard pour l’environnement protégé, et sans… casque.

Image
Certains moldaves veulent y croire.

Nous repassons finalement en Roumanie par le poste de Giurgiulesti, la petite ville située à l’extrême sud du pays. La Moldavie possède ici une frontière sur le Danube d’une longueur d’à peine plus de 300 m qui lui permet d’installer sa seule zone portuaire pour un semblant de commerce fluvial et maritime avec la Mer Noire toute proche.
Le retour en U.E. est une formalité qui s’est passée sans délai d’attente excessif, et nous permet d’initier notre parcours vers le nord depuis la ville roumaine de Galati qui sera le point le plus au sud de notre itinéraire cette année.

En début de soirée, nous retrouvons un agriculteur rencontré lors d’un précédent voyage en Roumanie (avec incursion rapide en République de Moldavie). A l’époque, il venait de lancer son projet d’une plantation de noyers, et nous avait hébergé pour une soirée sur son terrain situé près de Tulucesti, dans la région roumaine de Moldavie. Neuf années plus tard, les arbres ont grandi et la production va croissante. Le personnage est resté égal à lui-même. Il avait conservé les photos partagées lors de notre passage à l’époque, et se souvient très bien de nous et de notre fille, adolescente à l'époque.
L’aménagement de son terrain a progressé avec une cabane d’un confort sommaire mais toute même équipée d’un système électrique autonome avec près de 2000 watt de panneaux photovoltaïques, un parc de batteries impressionnant et un convertisseur sur-dimensionné pour alimenter un réfrigérateur, une plaque de cuisson, et les pompes de son réseau d’irrigation des 800 arbres à partir d’une cuve de plusieurs mètres cubes de récupération d’eau de pluie. Nous prenons le repas du soir tous les trois ensemble, puis chacun rejoint sa cabane pour la nuit. Notre nuit sera des plus agréables, se remémorant notre dernier passage à cet endroit même, avec vue sur le paysage de la République de Moldavie, au-delà de la rivière Prut.

Image
Une vue partielle des 800 noyers au milieu desquels nous sommes installés pour une soirée à évoquer ensemble le passé et de possibles futurs...